Après s’être obstiné et avoir affronté à peu près tout le monde au Québec depuis des mois, des écologistes au citoyen ordinaire en passant par les vieilles matantes, le gouvernement Charest va finalement modifier son projet de vente de parc du Mont-Orford pour qu’il ne comprenne que les terrains au bas de la montagne.

Bon, on le sait tous, c’est le contributeur au PLQ André L’espérance qui a forcé la main au gouvernement pour pouvoir faire main basse sur une partie de ce parc public. C’est dégueulasse; ça on le sait déjà. Mais ce qui est tout de même fascinant, c’est de savoir que L’espérance aurait été satisfait dès le début d’obtenir les terrains en bas de la montagne et qu’il n’aurait jamais voulu posséder la montagne elle-même.

Alors, pourquoi tant d’obstination et d’entêtement de la part du gouvernement Charest?

Question de principe.

Le gouvernement Charest entendait marquer un grand coup et imprégner le Québec d’une nouvelle idéologie – celle de l’État minimal, qui ne gère pas un centre de ski, par exemple. Le gouvernement espérait en faire un nouveau Mont-Tremblant, un moteur économique pour la région, et ainsi justifier auprès de la population toute une série de mesures semblables impliquant la privatisation d’intérêts publics.

Mais il a fait fausse route: on ne privatise pas une montagne intégrée à un parc national depuis 90 ans. On n’agit pas avec si peu de tact et avec un tel mépris de la volonté populaire.

Il aurait pourtant été possible dès le début de trouver un compromis: par exemple on privatise une partie des terres en bas de la montagne en échange de la nationalisation d’une partie équivalente à un autre endroit. Ou on permet une certaine forme de développement économique dans un secteur restreint du parc national.

Le gouvernement libéral a réellement manqué une occasion d’innover et de prouver la soi-disant justesse de son idéologie. En étant à la source d’un tel chaos et en étant trop orgueilleux pour faire marche arrière au bon moment, le gouvernement en est rendu à plier non pas devant l’évidence de son manque de jugement, mais devant la possibilité de voir l’ADQ et le PQ bloquer son projet.

Comme quoi ces élections auront eu du positif: elles auront contribué à descendre Jean Charest de sa tour d’ivoire d’où il regardait de haut les citoyens du Québec.




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Commentaires

  1. Inkognitho dit :

    Orford réglé?? Je le souhaite.
    Continue ton bon travail.

  2. Louis, en lisant ton texte ça m’a fait penser à quelqu’un qui négocie un prix : il demande plus pour avoir moins.

    En attendant si longtemps avant d’accepter de ne laisser que le bas de la montagne, Charest a peut-être juste fait semblant de tenir à la montagne au complet si longtemps pour ne pas laisser transparaitre que c’était effectivement de la négociation. Que serait-il arrivé s’il avait demandé seulement le bas au départ?

    Cela paraitra un peu absurde comme idée pour certains, mais avouez que la position de Charest l’était tout autant : un homme de cet âge qui se prend pour le roi de la montagne!

    Comme on dit : à question stupide, réponse stupide.

  3. Il n’y a pas de défenseur de Charest dans la salle?

    Hé hé!

  4. Manx dit :

    Pas sur cette question, c’est clair…

    Les rumeurs en Estrie veulent que ce serait l’Espérance et la clique du lac Memphrémagog qui aient fait venir Charest au provincial… Orford ne serait qu’une récompense donnée à l’un d’entre eux.

    Une chose aussi me frappe: à l’époque, n’était-ce pas le mauvais rendement de la station de ski (mal gérée) qui justifiait la privatisation partielle d’Orford? Si on ne vend plus le centre de ski (selon les rumeurs de La Presse), où est donc partie la justification des Libéraux? Mis à part d’acheter une plus grande superficie dont on doute de la qualité écologique, qu’est-ce qu’il reste comme arguments à M. Charest pour récompenser celui qui l’a fait entrer en politique provinciale?

  5. H. Dufort dit :

    Salut,
    on pourrait peut-être ressortir une situation étrangement similaire de nos archives historiques. Tiré de Wikipedia, article « Gouvernement Daniel Johnson (fils) »:

    « * 12 mai 1994: le budget Bourbeau met le cap sur la privatisation massive de sociétés d’État. Le déficit pour l’année en cours est établi à plus de $4 milliards. Au cours des semaines suivantes, on parle de privatiser le mont Sainte-Anne ainsi que le zoo et l’Aquarium de Québec.
    * 16 juin 1994: le mont Sainte-Anne est vendu pour $20.3 millions. »

    Il semble que le virage néo-libéral du PLQ date de cette époque. Fait troublant, Daniel Johnson (fils) est membre d’une association secrète internationale, le « Groupe Bilderberg ». Cette organisation est un puissant group de lobbying international, qui regroupe des banquiers et hommes d’affaire. Il semble que le groupe s’affaire à influencer les gouvernements, au profit de multinationales.

    Il ne serait donc pas étonnant que Daniel Johnson ait, pendant son court mandat, placé des hommes-clés de l’extrême-droite économique dans tous les racoins de son parti. Je ne serais pas étonné, non plus, que Johnson ait été beaucoup plus dangereux que Charest lors de la campagne référendaire de 1994-1995. Johnson, en suivant les règles de Bilderberg, garde un profil bas et reste très discret quant à ses interventions. Il a laissé les autres leaders fédéralistes faire les discours (en projetant une image plutôt fade), mais il est très probable qu’en catimini, il ait brassé des milliards de dollars grâce à ses contacts extrêmement puissants.

  6. Louis dit :

    Merci pour ces renseignements intéressants!

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Je suis Louis Préfontaine

J’écris comme je vis. Je m’installe devant le clavier et mes doigts, insatiables, font le boulot. Mon but dans la vie est de vivre en écrivant des textes comme ceux que vous pouvez lire ici. J’ai des opinions fortes et le combat des idées ne me fait pas peur: je me suis déjà fait les dents!

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