Le départ de Mario Dumont signifie-t-il la fin de l'ADQ?

Le départ de Mario Dumont signifie-t-il la fin de l'ADQ?

L’Action Démocratique du Québec est à l’agonie. Le départ de Mario Dumont, après la véritable raclée reçue par son parti faisant passer son nombre de députés de 41 à 7, ne lui laissait pas le choix: son combat est terminé, son parti est discrédité et au lieu d’assister à son lent calvaire il a décidé de quitter le bateau et de laisser couler ses fidèles apôtres seuls, sans la présence rassurante du gourou de Rivière-du-Loup. Quatre raisons me poussent à croire que l’ADQ n’existera plus dans un futur relativement proche.

Dans un premier temps au niveau idéologique, à l’origine de l’ADQ, se trouvait une scission au sein du Parti Libéral du Québec, qui avait, après maintes tergiversations, rejeté le rapport Allaire, qui prônait un fédéralisme décentralisé et davantage de pouvoirs pour le Québec. Pendant des années, Dumont a pu marteler son thème favori, l’autonomie, navigant entre souverainisme et fédéralisme, changeant régulièrement ses mots pour s’accorder à l’air du temps. Sauf qu’au bout du compte, il faut réaliser ceci: après une quinzaine d’années de lutte, la décentralisation fait maintenant consensus à l’Assemblée Nationale et si on peut dire que l’ADQ a gagné sur ce point, elle a toutefois perdu sa raison d’être. Le parti ne peut plus se présenter comme étant une alternative sérieuse à au PLQ: la population a compris que le parti n’avait rien de mieux à offrir que ce qu’offrent déjà les Libéraux.

Ensuite, toujours au niveau de l’idéologie, l’ADQ a toujours imprégné ses politiques d’une forte mentalité anti-étatiste, embrassant le laisser-faire économique, la déréglementation, les privatisations. Toutes les raisons étaient bonnes pour s’attaquer aux fonctionnaires, aux syndicats, à la « paperasse » au nom de la classe moyenne (comme si les fonctionnaires et les syndiqués n’étaient pas justement des citoyens de cette classe moyenne). Le marché était devenu le nouveau Dieu et le parti de Mario Dumont pouvait se présenter comme la seule alternative aux « deux vieux partis » qui seraient, selon ses dires, englués dans une « vieille façon de penser ». Bref, Dumont et l’ADQ ont prospéré à une époque où le néolibéralisme avait le vent dans les voiles et où de puissants lobbies de droite pouvaient appuyer leurs idées et donner un semblant de crédibilité à leur discours. Tout ce qu’il fallait ajouter à la recette était un chef charismatique, ce qu’était absolument Mario Dumont. Sauf que le vent a tourné, et aujourd’hui des États nationalisent banques et compagnies d’assurance pour éviter un effondrement complet du système financier. Le néolibéralisme a échoué, ce qui enlève un argument majeur à Dumont, qu’il ne pourra remplacer par son charisme.

Malheureusement, le fait d’avoir un chef charismatique se révèle parfois être une médaille à double revers. L’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme. Après plusieurs années à l’Assemblée Nationale, bienheureux celui qui serait en mesure de nommer cinq de ses élus. L’ADQ, c’était Mario Dumont jusque sur les bulletins de vote, où on pouvait y lire, hier, « Action Démocratique du Québec / Équipe Mario Dumont ». L’ADQ, c’était son équipe, ses « boys », ses gentils poteaux à qui il pouvait donner ses directives et qui appuyaient ses politiques. Peut-on sérieusement remplacer un tel homme? Non, on ne peut pas. L’ADQ, c’était Mario Dumont.

La quatrième raison me poussant à croire que l’ADQ ne peut survivre est d’ordre pragmatique: le départ de Mario Dumont laisse un tel vide que les six députés restant, conscients de leur précarité, seront plus que tentés de se joindre à un autre parti, très probablement le PLQ, avec qui ils partagent une certaine vision du Québec et du Canada. Quand un député qui a été un poteau pendant des années se retrouve libéré de ses entraves, il devient une cible facile pour quiconque peut lui offrir un peu plus de liberté et… une parcelle de pouvoir. Je serai surpris s’il reste encore cinq députés adéquistes l’été prochain.

Conséquemment, je vois mal comment l’ADQ pourrait encore exister sous la forme actuelle dans quatre ans. On essaiera, on donnera le change, mais la vision adéquiste du monde, déjà sérieusement affaiblie au cours des derniers mois par la crise du libéralisme économique, n’offre à mon avis que peu de possibilités. La vraie question, maintenant, consiste à se demander qui sera le prochain rat à quitter le bateau avant qu’il ne coule à pic et entraîne avec lui les espoirs déçus de milliers de Québécois, surtout en région, qu’on a froidement manipulés en leur faisant croire que leurs revendications étaient opposées à celles des autres Québécois, pauvres, syndiqués, fonctionnaires, cols bleus, immigrants, citoyens.

Nous sommes tous dans le même bateau, et ceux qui veulent nous diviser pour régner, ceux qui veulent nous faire croire que l’ennemi est parmi nous plutôt que d’être celui qui tire les ficelles au-dessus de nos têtes, tous ces gens-là sont aujourd’hui orphelin.

Pour notre plus grand plaisir.




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11 commentaires à propos de «R.I.P. ADQ»

  1. internationaliste dit :

    Très bon billet Louis-Philippe. Je partage l’avis de Jimmy St-Gelais, ton ancien camarade blogueur, qui pense que Mario Dumont rejoindra l’équipe de Stephen Harper. Après tout il y a tellement d’affinités entre le Parti Conservateur et l’ADQ.

  2. Ne sous-estime pas Gérard Deltell, Louis! Cet homme est voué à un bel avenir en politique et il fera un très bon député pour Chauveau et un très bon chef de parti, aussi bien qu’il était un très bon journaliste et analyste politique à TQS.

    L’avenir de l’ADQ s’appelle Gérard Deltell ou Éric Caire, deux grands hommes et deux grands députés. Je le dis, car, contrairement à Mouyial, toute la grande région de Québec connaît Gérard Deltell. Quant à Éric Caire, il avait un rôle de premier plan dans la région, alors il est très connu et apprécié, lui-aussi.

    Peut-être que Marie Grégoire et Sébastien Proulx peuvent revenir aussi.

    Si il y a bien des défaites adéquistes que je n’accepterai jamais, c’est bien celles de Sébastien Proulx, de Christian Lévesque, de la belle Catherine Morissette et de Sylvain Légaré. Ces quatre défaites-là, je les prends très personnelles. Même si je ne suis plus adéquiste (j’insiste sur le «plus», avant que tu me rentres dedans à pieds joints), je les aimais bien.

  3. internationaliste dit :

    C’est drôle mais tu as écris le même commentaire sur RWatch. Tu fais un copier-coller de tes commentaires sur tous les blogues ma foi! Et bien quant à moi je dis bon débarras pour tous ces adéquistes.

  4. Et puis écrire « Mouyial » fait tellement adolescent…

  5. @Jean-Luc Proulx: Que pourraient faire Gérard Deltell, Marie Grégoire ou Jésus lui-même pour solutionner les problèmes idéologiques du parti?

    Crois-tu sérieusement qu’un chef peut être meilleur que Dumont au niveau du charisme? Non. Alors, peu importe le chef, ce parti ne pourra survivre s’il ne change pas son idéologie. Il ne peut pas continuer à prôner son « autonomisme » alors que cette vision fait déjà consensus, tout comme il ne peut pas promouvoir le laisser-faire économique à un moment où le libéralisme vit sa pire crise depuis les années 30.

    Qu’est-ce que Deltell, Grégoire ou un autre pourraient y faire? Rien.

    Ce parti est condamné.

    @internationaliste: Je dis bon débarras moi aussi. L’ADQ a été un parti de divisions, se servant de vieux préjugés de droite pour diviser les gens. Ça va faire du bien de voir ce parti disparaître.

    @Renart L’éveillé: Ça me fait penser au gars qui m’accusait de faire partie de la « clique du Plateau ». J’ai eu beau lui expliquer que de un je n’habite pas du le plateau et que de deux on ne peut pas parler de clique pour qualifier un quartier aussi hétérogène et ouvert, rien n’y faisait.

  6. Kramer auto Pingback[...] Louis-Phillipe Lafontaine pense qu’il est trop charismatique pour que son départ n’ampute pas sérieusement les fondements du parti : [...]

  7. haitian509 dit :

    j’aime pas la politique mais dans l’ADQ on ne connaissait qu’un homme, Mario dumont…

  8. internationaliste dit :

    En effet c’est un parti qui a toujours reposé essentiellement sur un homme, en l’occurrence Mario Dumont.

  9. William dit :

    Sébastien Proulx… Trois-Rivières… tu parles d’une pure merde ce mec! il ne devrait même pas essayer de penser! C’est une tache, un bon à rien!
    lol, j’aurais pu écrire mario dumont au tout début!!! lol

  10. Kramer auto Pingback[...] avec la crise actuelle. Et sans le charisme extraordinaire d’un Mario Dumont, que reste-t-il? L’ADQ est mort, sa marginalisation croissante ne constitue qu’un dernier sursaut dans un corps refusant [...]

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Je suis Louis Préfontaine

J’écris comme je vis. Je m’installe devant le clavier et mes doigts, insatiables, font le boulot. Mon but dans la vie est de vivre en écrivant des textes comme ceux que vous pouvez lire ici. J’ai des opinions fortes et le combat des idées ne me fait pas peur: je me suis déjà fait les dents!

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