Il faudrait choisir. On se plaint du désabusement des jeunes vis-à-vis de la politique, de leur manque d’implication, et on blâme souvent la langue de bois des politiciens et leur cynisme, leur incapacité à être fidèles à leurs valeurs et à réellement travailler pour le bien commun. On les accuse d’être des girouettes, de cacher leurs véritables ambitions, d’être des affairistes, des opportunistes. D’être incapables de prendre position par peur de déplaire à une partie de leur électorat. D’être mous, des quasi-larves qu’on méprise.
Pourtant, lorsqu’un d’eux sort du lot et affirme haut et fort ses positions, on cherche à le faire taire. Tel cet enseignant du très conservateur Cégep de Sainte-Foy, Gilbert Gagnon, qui a porté plainte contre Amir Khadir parce que ce dernier a lancé une chaussure contre une image de George W. Bush.
On lui reproche quoi, au fait, au nouveau député de Québec Solidaire? On réprouve sa capacité d’être un humain contre les autres, qui puisse descendre à hauteur de rue plutôt que de vivre isolé dans ses bureaux ou une cossue résidence, et qui a des émotions et peut les exprimer. On réprime sa capacité à faire ce que la majorité des Québécois rêverait pourtant de faire: lancer une chaussure contre ce Bush qui a violé à peu près toutes les lois internationales durant son sanglant mandat à la tête des États-Unis. On le condamne parce qu’il a osé faire ce que beaucoup auraient fait eux-mêmes.
Sauf que ce n’était pas politiquement correct.
Évidemment que ce n’était pas politiquement correct. Mais le politiquement correct est précisément ce qui ne fonctionne pas dans notre démocratie. Nos élus n’osent plus dire ce qu’ils pensent parce que ce n’est pas politiquement correct. Nos représentants ne nous représentent plus. Ils changent leurs idées comme leurs chemises, mentent fréquemment, camouflent leurs véritables positions. Le politique des idées, des valeurs, des enjeux a capitulé devant les politicards de la petite politique des stratégies à la petite semaine et qui consiste à ne jamais rien dire qui puisse être controversé.
Au contraire, il en faudrait des dizaines d’Amir Khadir. Des politiciens qui vivent au niveau de la rue, qui peuvent serrer des mains et regarder leurs électeurs dans le blanc des yeux en disant « je vais me battre pour cet enjeu ». Des hommes politiques dont on connaît les positions et qu’on élit non pas en fonction d’un vote stratégique ou d’un jeu de chaise musicale mais parce que leurs valeurs sont connues et nous représentent.
Des politiciens qu’on connaît et qui nous connaissent.
On peut être en désaccord avec les valeurs prônées par Amir Khadir et Québec Solidaire. Beaucoup de gens dans une région aussi conservatrice que Québec ne se sentent pas rejoints par les enjeux sociaux défendus par QS. Ils ont le droit. Cependant, en cherchant à remettre le couvercle sur la marmite des idées, Gilbert Gagnon contribue à favoriser la langue de bois et à promouvoir une façon de faire de la politique qui empêchera les idées et les valeurs que lui et sa région peuvent avoir en commun de véritablement s’exprimer au niveau politique. Bref, en réprimant un député qui sort du lot il empêchera d’autres députés de se lever et de défendre ses propres valeurs à une autre occasion. Il se tire donc dans le pied.
En démocratie, le véritable pouvoir doit aller aux électeurs. Si un député agit excessivement, les électeurs ont le pouvoir de le condamner en lui retirant leur confiance lors des prochaines élections. Ceci dit, l’inverse doit également être vrai. Si un député ne fait rien du tout, fuit les débats, refuse de prendre position, vit sa vie comme une marmotte qui a peur de son ombre, les électeurs ont non seulement le pouvoir mais l’obligation morale de lui retirer leur confiance et d’élire un député qui les représente réellement. Et si aucun des deux principaux partis n’offre de candidats réellement authentiques et qui sauront se tenir debout pour ce qu’ils croient, les électeurs ont le même devoir de refuser ce petit jeu et de voter pour un autre candidat d’un parti mineur, même si celui-ci n’a pas de chance d’être élu.
La prochaine fois qu’on se plaindra du manque d’intérêt des jeunes pour la politique ou du fait que ceux-ci ne se sentent pas rejoints par les enjeux proposés, il serait intéressant de se rappeler que le problème ne vient peut-être pas du soi-disant manque d’intérêt de la prochaine génération quant aux affaires publiques, mais peut-être de leur lucidité vis-à-vis de députés qui ont abdiqué de leur rôle de protecteurs des valeurs citoyennes pour se soumettre à des intérêts partisans ou financiers qui échappent à toute forme de contrôle.
Quand je vois les niaiseries que font nos ministres avec Jean-René Dufort, lancer un soulier vers un poster, c’est pas exactement un crime de guerre, non ?
J’apprécie ton commentaire. Effectivement la langue de bois ou la rectitude politique, plaire pour plaire ne fait pas avancer grand-chose et je te dirais que comme ancien prof de Cegep il y a beaucoup d’intellectuels de salon qui parlent pour ne rien dire. Exemple, Israël a bombardé une université musulmane et il n’y a pas beaucoup de profs qui se sont levés pour dénoncer Israel.Comme Marx le faisait remarquer, l’arme de la critique ne remplace pas la critique des armes.
« L’arme de la critique ne remplace pas la critique des armes. » Excellente citation!
Israël est en train de ramener les Palestiniens à l’âge de pierre, et personne ne semble s’en émouvoir. Je trouve ça un peu cocasse à la limite, quand j’écoute les brèves de Radio-Canada:
« Israël lance l’artillerie contre Gaza: plus de 400 morts et 1500 blessés depuis le début des opérations »
« Des Palestiniens lancent des roquettes contre une ville israélienne: aucun blessé »
On essaie de présenter le conflit comme une guerre quand c’est véritablement un massacre perpétré par Israël.
Parfois, le rôle du député est de dénoncer ces situations. Où sont nos députés, nos élus, quand on tue un peuple?
Alors tu considères que lancer une chaussure, c’est la même chose que serrer des mains? Pour moi, le premier geste n’est pas très poli. Et tout le monde sait qu’on peut exprimer son désaccord de manière plus douce.
Si on a blâmé Yves Michaud pour ses propos sur les Juifs, alors qu’il n’était même pas élu, on ne peut s’étonner que l’Assemblée nationale se saisisse de l’affaire Khadir. Quoiqu’on a trouvé normal, dans les médias francophones, que des députés participent à une manifestation où des sympathisants du Hezbollah étaient présents (été 2006).
À la place, Khadir et les manifestants auraient du exprimer leur solidarité en demandant la clémence des autorités irakiennes pour le journaliste impliqué. 15 ans de prison, c’est très exagéré. Surtout qu’il a été battu par la police, chose totalement inacceptable selon moi.
Il n’y a rien de mal à lancer un soulier sur un symbole représentant le criminel de guerre George Bush. Après tout ce qu’il a fait de mal c’est tout à fait mérité.
Aux États-Unis en 2003 la police a tiré des balles de caoutchouc sur des manifestants anti-guerre à Oakland et je n’ai pas vu les « bonnes âmes sensibles » de chez nous dire un seul mot pour dénoncer cette situation. C’est quand même bien pire que de lancer un soulier sur un symbole représentant Bush.
C’est aussi mon opinion. Je comprends ce que derteilzeitberliner veut dire concernant Yves Michaud, mais à mon avis si Amir Khadir fait quelque chose qui chose les gens de son comté, c’est à eux de lui faire savoir en ne votant pas pour lui la prochaine fois. Sinon, si ils le réélisent, c’est qu’ils n’ont pas détesté ce geste.
Et soyons honnêtes, qui parmi nous n’aurait pas rêvé de lancer une chaussure à George W. Bush?
Personnellement, je me demande où Amir Khadir a mis son décorum de député en agissant ainsi! Il n’est plus un p’tit manifestant communiste et anti-mondialisation de rien du tout, là. Il est un des 125 élus de l’Assemblée nationale du Québec. Il doit donc porter fièrement le mandat que lui ont donné les gens de Mercier de les représenter adéquatement. Or, même si il s’agit du Plateau, je doute que les gens de Mercier se soient senti bien représenter avec tout le décorum que cela implique de voir leur député faire un clown de lui dans une manifestation avec un soulier à la main, et ce, même si le gars qui était sur la photo, soit George W. Bush, n’était pas une victime innocente et qu’il méritait amplement de recevoir les deux souliers que lui a lancé par la tête ce journaliste irakien. Je ne suis pas sûr que le péquiste Daniel Turp, qui était un député hautement respectable, cultivé et qui avait à cœur le décorum et le mandat qu’il recevait de ses commettants, aurait fait ça.
On voit maintenant que pour Culbec suicidaire, conspirationniste islamiste et fémi-fasciste (CSCIFF), il est inutile que nos députés fassent honneur à leurs électeurs et à leurs électrices, car l’idéologie partisane de la gau-gauche étatiste communiste passe avant le respect du serment de député. Parce que c’est justement ça : Khadir a trahi son serment de député. Si j’étais dans Mercier, je ne serais pas fier de mon député et je commencerais à faire mes valises, car je ne voudrais pas être représenté par un tel clown qui vient de me prouver qu’il était indigne de ma confiance. Par contre, j’admets que Khadir a le beau jeu, vu qu’il est tout seul de son parti à l’Assemblée nationale. Il est donc un peu ce que André Arthur est à Ottawa, soit un simple député indépendant qui n’est là que pour brasser de la marde et qui se fiche du décorum qu’implique sa nouvelle fonction. Je suis sûr qu’il y a quelques électeurs et électrices de CSCIFF qui doivent trouver que ça n’a pas de bon sens d’agir ainsi quand on est un représentant du peuple et que ce député devrait être rappelé à l’ordre par le président de l’Assemblée nationale lorsque celui-ci sera élu en janvier prochain.
On s’en fiche de ce qu’aurait fait Turp. Khadir n’a rien fait de mal si on compare aux crimes de guerre perpétrés par le gouvernement américain.
Jean Charest a fait bien pire en traitant Elsie Lefebvre de chienne et il est toujours chef du PLQ.
Racisme quand tu nous tient…
Wo les moteurs ! Même si je te répète que j’affectionne absolument ta plume, cependant, ici je ne partage pas ta vision des choses, pantoute, pantoute, pantoute.
Tu liras plus bas un petit billet que j’ai écrit quelque part qui exprime ce que je pense, car c’est justement le pouvoir des électeurs, non pas d’attendre 4 ans avant de dénoncer ce que fait un élu, mais, sans délai, lui faire savoir qu’il dérape et c’est ce que Khadir a fait dans son cas. Il s’est trompé de cible.
Oui, il en faudrait des dizaines de députés qui vivent au niveau de la rue mais pas pour l’autre bout du monde mais pour le QUÉBEC. Surtout s’ils sont élus à l’Assemblée nationale.
Tu voulais savoir ce qu’on lui reproche à ce tireux de bottines et ben, tu le sais maintenant. Pour intéresser les jeunes, comme tu dis, à la démocratie, ça doit commencer au niveau des pâquerettes, c’est à dire chez soi, chez nous, c’est là qu’il faut les intéresser les futurs électeurs. C’est là qu’ils peuvent le plus comprendre le travail qu’il y a à faire.
Surtout, ne viens pas m’accuser d’être communiste, péquiste, rinocériste ou quoi encore.
Je suis québécois et fier de l’être.
J’ai admiré le journaliste irakien pour ce qu’il a fait chez lui en Irak. Mais, je condamne ce que Khadir a fait, icitte, chez nous. Prends une minute et lis mon billet ci-après.
Bye, mon bonhomme, maudit que t’écris ben !
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115- Le lanceur de bottines… !
dimanche 28 décembre 2008 à 19:31 :: General
Québec Solidaire a fait une percée au dernière élection que je qualifierais d’accidentelle avec un certain monsieur Khadir et je l’en félicite. Le voilà maintenant qu’il se cherche une visibilité et qu’il s’empresse d’imiter un journaliste irakien en lançant, lui aussi, ses bottines en public sur les murs d’un consulat américain à Montréal. Faut le faire.
Ce geste de Khadir voulait vraisemblablement manifester une solidarité avec d’autres contestataires de la politique de guerre américaine en Irak. C’est plein de noblesse.
Mais…, j’aurais préféré, de beaucoup, qu’il emprunte les souliers de Félix Leclerc et qu’il nous montre son attachement à son nouveau pays qu’est le Québec. Bien sûr, il est un député, amputé de son autre cheffe, madame David. Eux qui devaient tout faire ensemble alors qu’ils étaient les deux têtes de la Solidarité, que va t’il faire désormais ? Sera-t-il capable d’agir convenablement sans son alter ego ?
Il ne s’agit pas ici, pour moi, d’approuver la guerre en Irak de Georges Bush, mais davantage de rappeler au nouveau député qu’il a été élu à l’Assemblée nationale du Québec, que de nombreux thèmes ont été mis de l’avant durant la dernière campagne électorale et qu’il ferait mieux de s’en préoccuper plutôt que de s’épivarder sur la scène internationale.
Quant aux souliers de Félix, ils sont bien attachés au Québec et représentent une histoire qui n’a pas encore fini de s’écrire. Lorsque l’on voit, un nouveau député se tourner en ridicule, on est à même de se demander quelles sont ses valeurs, son attachement à sa nouvelle patrie ainsi qu’à sa nouvelle mission…
J’ai comme l’impression que ce député va désormais préférer garder ses bottines aux pieds plutôt que de les lancer, car l’hiver, au Québec, ne fait que commencer.
Bonne chance dans le choix de ses prochaines batailles politiques !
Je crois qu’Amir Khadir est quand même assez attaché à son pays le Québec… N’est-ce pas lui qui a cité une chanson de Dubois lors de sa victoire?
Je suis d’accord qu’il a eu l’air fou aux yeux de certains, mais que préférons-nous: des politiciens qui n’ont jamais l’air fou parce qu’ils ne font rien ou des gens qui sont comme nous, des vivants, qui disent ce qu’ils pensent, et qui se mettent parfois les pieds dans les plats justement parce qu’ils avancent quelque part…
Merci pour les bons mots. Ça fait toujours plaisir!
C’est pas fou ce que tu dis Ray, par contre, est-ce parce qu’on proteste pour une cause d’outre-mer qu’on en oublie le québec??? qu’on oublie les gens d’ici???
Si je lutte contre l’inégalité entre riche et pauvre, ça ne veut pas dire que j’en oublie l’environnement qui se dégrade.
peut-on avoir plus d’un cheval de bataille?
Bonjour William,
J’aime ton point de vue. Néammoins, je préfère de beaucoup courir plusieurs lièvres à la fois, même si un certain proverbe me le défends, MAIS AU QUÉBEC,car on peut agir plus surement que sur la scène internationale.
De plus, Louis-Philippe basait son argument sur la défection ou le
désintéressement de la jeunesse. Je crois, qu’avant de mobiliser cette jeunesse sur des causes lointaines, si valables soient-elles, et sur lesquelles on a aucune poingne, et ben, je choisis de les convaincre de militer pour les nombreuses causes du Québec.
Oui, oui William, nous avons des inégalités dans la richesse ici même. Nous avons des cas patents en matière d’environnement ici même au Québec. Je sympathise pour Israel, Gaza, l’Afrique,l’Irak, l’Afghanistan, le Darfour, le Congo, et quoi encore, mais je n’y peut rien, et pas plus que l’Onu d’ailleurs.
Ici, c’est chez nous et je t’assure qu’il y a plein de monde qui sont capables de parler et d’agir en même temps, dans diverses causes.
Bye, bye, Willie