yes-we-can-obamaJe ne suis plus capable d’entendre parler de l’investiture de Barack Obama. Nos médias rivalisent d’applaventrisme pour présenter chaque faits et gestes de l’homme – que dis-je, du demi-dieu – censé représenter le changement. Oh et quel changement, au fait? Le changement en tant que marque de commerce, « changement inc. », une formule tellement vague et creuse qu’elle peut faire vibrer tous un et chacun selon leurs propres valeurs, du protecteur de l’environnement au spéculateur en passant par le militaire et la veuve de soldat éplorée. Chacun trouve une parcelle de rêve en Obama et qu’importe si tous ces rêves sont contradictoires ou impossibles à réaliser : « Yes We can (inc.) ».

En fait, Obama n’est même plus un humain, c’est une idée. L’idée qu’un pays sur la pente descendante puisse retrouver miraculeusement un fragment de son prestige passé. L’espoir qu’une société désarticulée, fragmentée jusqu’à la moelle redevienne cohérente, que les lendemains chantent à nouveau, qu’il soit possible de laisser ses enfants jouer dehors jusqu’à 21h00, d’aller au drive-in dans une Cadillac 1957 décapotable, de s’acheter un hamburger et une frite pour 35 cents, d’organiser un bal de fin de secondaire sans qu’il soit même question d’alcool ou de drogue. Obama, c’est le rêve d’une Amérique qui a perdu son innocence et qui espère la retrouver, telle une Musulmane qui se fait recoudre l’hymen en espérant effacer les marques d’un passé jugé impur.

Sauf que le passé ne s’efface pas. On ne retrouve jamais son innocence, tout comme on ne peut oublier volontairement quoi que ce soit, à moins de vivre dans un déni proche de la schizophrénie. Que conseille-t-on à la fillette victime de viol devenue grande? De faire face à son passé. À l’enfant battu? De faire face à son passé. Grandir, devenir cohérent et adulte signifie de faire face à son passé et d’accepter ses blessures afin que s’opère une cicatrisation psychologique permettant de passer à autre chose et d’anticiper la vie telle qu’elle est, avec les ressources du présent, sans devoir constamment affronter quelque hideux fantôme dans le garde-robe de son subconscient.

Malheureusement, il semble que les Etats-Unis aient choisi une autre voie. Au lieu d’accepter les leçons du passé et de réaliser que leur pays n’est plus le « phare de la liberté dans le monde libre », dixit George W. Bush, et que d’autres modèles alternatifs prennent forme un peu partout (Vénézuela, Chine, Inde, Brésil, etc.), ils ont choisi de régresser en enfance et de se trouver un bon petit papi pour les rassurer et leur dire que rien n’est perdu et leur chanter les louanges d’un espoir aussi tangible qu’inexplicable.

Qu’importe si le pays a passé son pic de production de pétrole depuis quarante ans et est devenu dépendant du reste du monde. Yes We Can! Qu’importe si la balance commerciale déficitaire atteint de nouveaux abîmes année après années. Yes We Can! Qu’importe si la Chine peut faire s’écrouler le dollar vert demain matin si elle vend ses réserves. Yes We Can! Un slogan, un simple slogan, mais qui ne veut rien dire, tout simplement parce qu’Obama ne peut rien faire. De nombreux autres empires ont progressivement perdu leurs avantages compétitifs et se sont écroulés, parfois brutalement, parfois dans la douceur, mais la chute est irrémédiable : on ne reste pas éternellement sur le toit du monde.

Conséquemment, au lieu de berner sa population et le monde entier en proposant une image de rêve infantilisant empêchant les gens de réellement prendre conscience de l’état réel et irrémédiable de la situation d’un État en déclin, Obama devrait faire preuve d’honnêteté et envisager un rôle réduit des Etats-Unis dans le monde (au lieu de vouloir envoyer l’armée au Pakistan), une meilleure redistribution de la richesse (au lieu de baisser les impôts des plus riches, dans la lignée des politiques fiscales de Bush) et surtout, SURTOUT, crever cette bulle de vanité qui gonfle l’égo d’un peuple qui se croit élu par l’Histoire pour diriger le destin de tous les autres peuples de la Terre.

Or, si Obama avait été honnête et avait dit la vérité à son peuple, il n’aurait jamais été élu. Après huit ans du cauchemar Bush, les Etats-Unis ont choisi de se rendormir afin de rêver un peu au lieu de se réveiller et de constater que leur maison est en feu et qu’il n’est plus temps de penser à la restaurer mais bien à la quitter et de changer sa façon de vivre pour toujours.

Obama n’est pas un sauveur, mais un entertainer qui fait rêver le monde sur le soi-disant grand changement que présenterait sa couleur de peau différente à la Maison Blanche pendant qu’il applique les mêmes politiques autodestructrices que ses prédécesseurs, mais celles-ci soutenues d’un hypocrite sourire et d’une vision du monde qui ne s’est toujours pas débarrassée de l’idée nuisible selon laquelle les Etats-Unis auraient le devoir moral d’intervenir partout dans le monde au gré de leurs intérêts.

Comme si nous étions toujours dans une version disneyland des années 1950 et que rien n’avait changé depuis. En fait, oui, le président est Noir. Toujours agréable à savoir pendant que le monde s’enfonce dans les inégalités et le chaos. Vous avez peur du futur, vous perdez pied dans ce monde qui vous semble de plus en plus dangereux. Surtout, ne cherchez pas à comprendre (ce n’est pas important), prenez votre petite pilule « Yes We Can inc. » et continuez à rêver!

Car si on aime bien ça les beaux slogans rassembleurs, un peu de contenu ne ferait pas de tort.  Et tiens, pourquoi ne pas commencer par ce qui se passe en Palestine?




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Commentaires

  1. [...] Et puis il y a l’équipe de son remplaçant qui nous vend le rêve d’une Amérique révolue comme nous l’explique si bien Louis-Philippe Lafontain…… [...]

  2. Garamond dit :

    Les USA étaient rendues là : un président noir…. Dans dix ans, un président-femme, et ainsi de suite.
    Dans 35 ans, un président-enfant ? un président-robot ?
    Yes we can !

    • Hahaha! Très juste! L’utilisation des particularismes à son apogée. Mais est-ce une idée si nouvelle que cela? Utiliser quelqu’un du peuple pour contrôler le peuple. Si Obama avait été blanc, serait-il si populaire aujourd’hui? (Poser la question, c’est y répondre.)

  3. Nathalie dit :

    Bonjour

    Bien sûr que l’arrivée de Barak Obama à Washington ne révolutionnera pas l’Amérique mais entre vous et moi, il était quand même temps que les Républicains prêtent congé de la Maison blanche…

    Bien sûr que Barak Obama est bien trop à droite pour moi mais il est quand même moins à droite que les Républicains et c’est déjà ça… Disons que je préfère regarder en avant plutôt qu’en arrière… Y aura-t-il des changements aussi grandioses que ceux tant espérés? Probablement pas.

    Bien sûr qu’on pourrait dire que l’arrivée de Barak Obama ne changera rien. Et même si c’était vrai, qu’est-ce qu’il y a de mal à espérer un peu mieux?

    Au plaisir,
    Nathalie

    • Je comprends ton point de vue Nathalie, mais le problème avec le rêve, selon moi, c’est justement que ce n’est pas la réalité, ça n’existe pas. Le rêve américain est mort, et ce n’est pas en tentant de ressusciter des fantômes qu’on aidera les gens à faire face à cette réalité!

      • Nathalie dit :

        Re-bonjour…

        Évidemment, vous aurez compris que je voulais écrire « prennent congé » et non « prêtent congé »… Que voulez-vous, j’écris presqu’aussi vite que je parle… et ce n’est pas peu dire… ceux et celles qui me connaissent peuvent en témoigner!!!

        Désolée…

        En attendant, c’est vrai que le rêve ce n’est pas la réalité. Mais dans une société, si on veut que les choses changent un peu, des fois il faut avoir des rêves. Oui, des rêves qui ne se réaliseront sans doute pas (pas tous disons). Mais sans rêve, le changement est-il vraiment possible? Je ne dis pas ici que M. Obama va amener avec lui tous les changements promis et anticipés. Mais si on passe notre temps à se dire que rien ne change rien, c’est désespérant, à quoi ça sert de continuer? Je ne suis pas une utopiste de haut niveau; je suis plutôt une scientifique qui crois que les changements, ça se fait petit pas après petit pas. Mais encore faut-il se décider à faire un premier petit pas… Pour les Américains, avoir élu Barak Obama, c’est peut-être juste un petit pas mais si ce petit pas les éloigne un tant soit peu de l’univers de Bush, ça peut juste leur faire du bien…

      • Je serais d’accord avec toi Nathalie si Obama proposait quelque chose de concret. Sauf qu’il ne propose rien de neuf, rien du tout! D’accord pour le rêve, mais celui-ci doit se baser sur des espoirs concrets. Dire « Yes We Can » tout en proposant les mêmes politiques que son prédécesseur ou presque, voilà qui ne nous mènera pas bien loin, selon moi.

        Au moins, George W. Bush était un idiot agissant en idiot. Maintenant, on va avoir droit à un brillant sourire pendant que les États-Unis bombardent le Pakistan, l’Afghanistan, que les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres.

        Changement? Je ne crois pas!

  4. internationaliste dit :

    Cette idée de toujours chercher un « sauveur » quelconque ne mène nulle part. Les partisans « de gauche » d’Obama seront vite déçu si ce n’est pas déjà le cas. Son soutien éhonté à l’agression israélienne contre Gaza, son refus de hausser les impôts des pétrolières, son attitude envers le régime d’Hugo Chavez au Venezuela qui ressemble à celle de Bush et ainsi de suite, ne sont que quelques exemples de la vraie nature de la nouvelle administration américaine.

    Comme on dit plus ça change plus c’est pareil!

  5. Don Rock dit :

    2 choses.

    C’est le meilleur texte que j’ai lu de toi.
    C’était haut.

    C’est pareille pour plusieurs politiciens.
    Obama inc, Bush inc, Charest inc, c’est de l’illusion tout ça.
    Il reste l’image et ce que cela répresente pour des millions de gens, ce que cela représente pour l’histoire, ce que cela représente pour leur culture.

    Le rationel ne tient plus.

    • Merci! Très apprécié! :)

      En effet, le rationnel ne tient plus. Je lisais les textes des journalistes sur Cyberpresse et je croyais rêver… On n’en finit plus de dire que c’est historique, mais on n’en reste qu’aux banalités (la couleur de peau) et jamais on ne parle du fond des choses, ou rarement, si ce n’est peut-être de Guantanamo.

  6. internationaliste dit :

    Avec des gens comme Joe Biden, Hillary Clinton et Zbigniew Brzizinski dans l’entourage d’Obama on est loin d’un quelconque changement dans la politique étrangère américaine et aussi dans la politique intérieure de ce pays.

  7. William dit :

    Merci de me montrer que je suis pas seul… toute cette glorification et ce culte qu’on voue à obama… les gens rêvent… un peu trop à mon avis.

    j’ai un ami d’une cinquantaine d’années qui m’a toujours dit qu’il ne croyait pas en la politique… que je lui parlais du npd, ou de la souveraineté, ou n’importe quoi, il s’en crissait et n’y croyais pas!
    mais quand ce matin il est venu me dire qu’obama a la possibilité de « changer les choses » et tout, j’étais déboussolé…
    et j’essayerai d’éviter le sujet avec les clients, parce qu’ils se mettent à tous se parler ensemble et dire comment obama est génial o.o;

    outRAGEOUS!

  8. haitian509 dit :

    Il a meme pas une semaine déjà des critiques, laisser lui le temps et on parle après

  9. Ben dit :

    Salut cher ami défenseur du français,

    Pour ton info, on écrit censé avec un c dans l’expression « censer faire qqchose ».

    Ciao

    Ben

  10. [...] et d’emprisonnement. Ils mettent la moitie des noirs ages de 18-25 ans en prison. (Croyez- moi le règne d’Obama ne vas pas y changer grand [...]

  11. Christian dit :

    Et oui!..

    Might is right !..( en Français la raison du plus fort est toujours la meilleure)
    Yes we can!..
    Maintenant c’est le nouveau concept » smart power « , le pouvoir de l’intelligence.
    Ils sont très forts ces Américains, surtout pour balancer des aphorismes simplistes .

    Cordialement…Christian

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