Ce n’est pas en bonifiant un programme d’accès à la propriété qu’on parviendra à réduire l’exode. Montréal se vide: 150 000 personnes ont quitté la ville vers les banlieues ou la région depuis 2002. La métropole est grise et sale. Il manque de parcs et d’aires protégées. Et si on pensait la ville… pour ses habitants? Et si on osait ajouter davantage d’espaces verts et de parcs pour inciter ses citoyens à rester ici?

Au Québec, on ne peut pas agir avec modération: c’est tout ou rien. En 1998, la France protégeait 19,8 % de son territoire, les États-Unis 18,9 %, le Canada 9,5 % et le Québec à peine 2,8 %. Plus verte, la « belle province », depuis dix ans? Ça dépend si vous trouvez que l’ajout récent de parcs nationaux perdus dans le fin fond des bois loin des centres urbains apporte quoi que ce soit aux habitants du sud. Dans les faits, les superficies boisées ont diminué de 18% entre 1998 et 2005 à Montréal1, maintenant classée dernière sur 14 villes canadiennes pour ses superficies d’espaces verts, avec un maigre 3% (contre plus de 10% pour plusieurs villes). 2 Et Laval, cette mosaïque de quartiers anarchiquement isolés dont le seul lien est l’automobile, fait encore pire: 0,73%!
La situation s’avère meilleure en Montérégie, sur la Rive-Nord, et à Québec. Est-ce surprenant si ces régions connaissent un important flux migratoire positif depuis plusieurs années? Déjà, en 1991, Québec ridiculisait Montréal: 59,4 ha d’espaces verts par 1000 habitants contre un maigre 22 ha pour la métropole. Et ça empire!
Ne serait-il pas temps de repenser la ville? Avez-vous sérieusement envie de fonder une famille et d’élever des enfants dans un Montréal où les espaces verts se résument souvent à des jardins communautaires contaminés à l’arsenic et au plomb3 ou sont souvent aménagés à des endroits peu accessibles (comme le parc Bellerive, dont la superficie représente près de 40% des espaces verts à l’est du tunnel Louis-Hippolyte Lafontaine, mais qui est coupé de la population par une rue Notre-Dame à six voies), ou qui sont entourés de voies de circulation dense (parc Lafontaine)? Et que penser des 266km. de rives qui entourent Montréal, mais dont 85% sont artificialisées?
Contrairement à certains pays européens, nous n’avons pas appris à vivre avec la nature. Nous nous contentons de créer quelques parcs à partir de terrains dont personne ne veut et nous pensons que le progrès se coule dans le béton qu’on construit autour. Et après – les cons – nous nous demandons pourquoi une partie de Montréal-Nord avec une densité de 277 habitants par ha (160 h/ha sur le Plateau, un quartier pourtant jugé très dense)4 explose ou pourquoi des parents ont envie d’élever leurs enfants ailleurs qu’entre les pare-chocs de voitures dont la majorité ne proviennent même pas d’ici.
Si ma conjointe tombait enceinte demain matin, je serais tenté de déménager. Pas trop loin, mais juste assez pour vivre dans un endroit sain et une ville où je n’aurais pas l’impression d’être le dernier des tarés parce que j’ai la malchance d’habiter ici. Tiens, pourquoi pas Mascouche. Il parait qu’il y aura bientôt un train vers le centre-ville et on y trouve plusieurs parcs. Ou ailleurs; avec le maire Tremblay en poste, pas difficile de trouver des villes qui ont davantage de vision et d’espaces verts.
- Le Devoir, mercredi, 20 février 2008, p. a4, Corriveau, Jeanne [↩]
- La Presse, vendredi, 14 décembre 2007, p. A19, Champagne, Sara [↩]
- La Presse, Actualités, lundi, 14 août 2006, p. A11, Les jardins communautaires contaminés Ballivy, Violaine [↩]
- La Presse, Actualités, vendredi, 23 janvier 2009, p. A3, Grandir à Montréal-Nord, L’héritage d’Yves Ryan, Gagnon, Katia [↩]
Vous avez parfaitement raison, et ce n’est certainement pas avec ces fiefs que constituent ces dix-neuf arrondissements où trônent allègrement tous ces « mairets » et leurs sous-fifres que pareille dégradation de la « métropole du Québec » (?!?) risque de s’améliorer! Cette aberrante structure municipale ne favorise en fait que ces politiciens qui ont intérêt à ce que rien ne change en appliquant la fameuse maxime du « diviser pour mieux régner! ». Pendant ce temps, cette bande de jovialistes municipaux sans véritable pouvoir de négociation (ce dont d’ailleurs il ne sont aucunement intéressés!) ne risque guère « d’emmerder » les paliers de gouvernements supérieurs comme jadis l’inébranlable Drapeau qui, malgré certains excès, avait contribué à la renommée d’une ville désormais en décrépitude avancée face à des Montréalais majoritairement indifférents et conséquemment sans opposition véritablement crédible!
Si on fait abstraction du Mont-Royal, il ne doit pas rester grand chose comme espace vert à Mtl… J’ai quitté Montréal pour de bon en 1997 et je n’y reviendrai jamais. Trop de bruit, trop de saleté, trop de voitures, trop de violence, trop de béton, d’asphalte.
Vive la banlieue ! vive la campagne ! vive l’air pur !
@Pierre Samuel: Vous avez tout à fait raison concernant la bête à 19 têtes que sont les mairies d’arrondissement. On se retrouve avec le pire des mondes: les fusions ont enlevé l’âme de plusieurs anciennes villes et les mairies et en plus celles-ci doivent subir une administration broche-à-foin.
Ceci dit, je crois que ça prend plus que de la volonté au niveau municipal. Élire Richard Bergeron serait un bon début, mais il faut qu’on soit prêt, en tant que société, à dire qu’un parc est une valeur ajoutée et qu’on ne doit pas se contenter d’établir des espaces verts ou des aires protégées là o il y a des terrains vagues mais qu’on se réserve le droit d’exproprier et de démolir pour se doter de ces poumons verts en milieu urbain. On doit accepter, collectivement, que les parcs et les espaces boisés sont vitaux pour la vie en ville!
@Garamond: J’ai hâte moi aussi de quitter Montréal. Je faisais justement des plans avec ma copine tantôt. Si tout fonctionne comme prévu, nous pourrions peut-être nous acheter une petite maison en banlieue éloignée (mais pas trop loin du train) vers la fin 2010. J’en ai soupé moi aussi de la pollution, des voitures, de la saleté! Si Montréal veut me retenir, qu’elle change, et vite!
Si l’hydre à 19 têtes est effectivement une horrible bête, que dire des promoteurs qui gobent tous les espaces disponibles pour construires des condos et encore des condos? Il suffit d’observer les alentour du boulevard des Galeries d’Anjou pour y constater avec horreur que la où l’on aurait pu aménager un espace vert appréciable, on a préféré empaqueter le plus de condos (laids de surcroît) possible.
Malgré toute la bonne foi de Richard Bergeron (je suis d’ailleurs membre de Projet Montréal), je ne crois malheureusement pas que la majorité des Montréalais soient suffisamment sensibilisés aux problèmes environnementaux pour l’élire ou même lui confier le rôle de chef de l’opposition, d’ailleurs les résidants de la Métropole ne votent que dans une proportion maximale de 15% à 20% lors des élections municipales!
En passant, on annonce ce matin dans Le Devoir des incitatifs financiers pour tenter d’attirer les éventuels propriétaires et leur jeune famille à s’établir à Montréal. Est-ce simplement de la poudre aux yeux? Peut-être… Cela étant dit, je suis parfaitement d’accord qu’il y a tellement plus à faire pour que Montréal retrouve une certaine crédibilité au-delà des « beaux projets » trop fréquemment avortés de Gérald Tremblay et de sa bande de bénis-oui-oui!
Avec un certain leadership, actuellement inexistant, cette ville possède tout de même beaucoup de potentiel (musées, festivals, théâtres, Jardin botanique, Mont-Royal, Vieux-Port, Parc Jean-Drapeau, ville souterraine, pistes cyclables…) qui pourrait être énormément mieux mis en valeur que présentement! Louise Harel semble intéressée à s’en mêler! Son expérience ne serait certes pas négligeable, car l’étalage urbain des banlieues n’est pas nécessairement, à mon avis, la panacée à tous les problèmes de pollution et de qualité de vie… Salutations cordiales!
@Pluche: Bien d’accord! Quelle laideur que ces condos! On aurait pu installer un parc, ou des parcs, avec un boisé… Mais non! On a préféré empaqueter les gens dans des condos collés sur une ligne à haute tension. Belle occasion manquée! Et pour ceux que ça intéresse, la circulation est infernale dans le coin, ce qui enlève le goût de marcher ou de faire du vélo…
@Pierre Samuel: Je suis d’accord que pour le moment Projet Montréal n’est pas encore une force politique majeure. Ceci dit, la clef, à mon avis, tient justement dans le faible taux de vote: les gens ne votent pas parce qu’ils sont désillusionnés.
Amenez un leader charismatique et aux idées nouvelles comme Richard Bergeron, et le taux de vote risque de grimper en flèche. Je ne serais pas surpris si aux prochaines élections Projet Montréal augmentant sensiblement son pourcentage de vote…
Dis-moi pas que tu veux déménager dans le 450 comme Renart Léveillé!
Je ne crois pas que ca soit pire que ca… Des parcs on en a déjà beaucoup si on se compare à d’autres ville du monde, il y a des arbres partout dans les rues, et la saleté… ça dépend du secteur: c’est sûr que si tu vas sur une rue commerciale ca risque d’être plus sale que dans une rue résidentielle. Moi quand je sors de chez moi je ne vois pas de poubelle ni de saleté, tout semble propre.
J’imagine que tout est dans le regard de la personne: si les gens veulent une coin asceptisé ou il n’y a pas de bruit et de pollution, c’est sûr qu’ils vont pouvoir chialer à Montréal.
En fait je crois que les gens sont encore aveuglés par le mirage de la banlieue et ne sont pas prêts à vivre en ville. Ils ont dans leur tête une image de la ville qui n’a jamais existé.
J’aimerai moi aussi qu’il y ait plus de parcs, moins d’auto, plus de transport en commun et de vélos, moins de rues avec des trous, moins de saleté dans le métro, ne pas entendre mes voisins car les murs sont minces… Mais c’est le prix à payer lorsqu’on vit en ville, et comme je l’ai déjà dit la qualité de vie à Montréal est parfois bien supérieure a d’autres villes du monde.
C’est sûr que Paris ne se compare pas à Montréal, mais la dernière fois que j’y suis allé j’ai apercu des gens se faisant bronzer sur un coin de gazon pas plus gros qu’une salle de bain, entre deux boulevards remplis d’autos et de piétons à côté. Il y a bien le jardin du luxembourg comme parc ( remplis lui aussi de gens et moins propice à s’y évacher comme au Mont-Royal) mais à part ca c’est pas comme si on en trouvait partout dans la ville.